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Abbaye de Tamié

Homélie - 20ème TO

Par Frère Antoine
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Homélie pour le 20ème dimanche ordinaire - C

Jr 38, 4-10 - He 12, 1-4 - Luc 12, 49-53

«  Ceux qui vous promettent un bonheur facile vous trompent », disait Jean-Paul II aux jeunes rassemblés pour les J.M.J. Ces paroles furent accueillies par des tonnerres d’applaudissements et les observateurs, médusés  mais critiques, commentèrent : «  les jeunes aiment le chanteur mais pas la chanson ! ». Peut-on aimer le chanteur et pas la chanson ? Le pape ne faisait que traduire en langage courant, ce que Jésus dit dans l’évangile. Tout le monde sait que « évangile » veut dire « bonne nouvelle ». Ce que nous savons moins ou pas du tout c’est que cette «  bonne nouvelle » n’a pas le sens habituel que nous donnons à cette expression. La bonne nouvelle de l’évangile ne  provoque pas forcément une joie immédiate, comme lorsqu’on nous annonce que nous avons gagné au tiercé. Quand Jésus dit qu’il faut partager avec les pauvres, cela peut faire plaisir aux pauvres mais pas aux riches ! Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus nous dit qu’il ne vient pas apporter la paix mais la division dans les familles. Pas évident que ce soit une bonne nouvelle !

« Ceux qui vous promettent un bonheur facile vous trompent », c’est ce que Jésus essaie de faire comprendre à ses disciples qui le suivent sur la route qui les emmènent à Jérusalem. Dans le passage que nous venons d’entendre il dit  cela en parlant du feu qu’il est venu allumer sur terre, d’un baptême qu’il doit recevoir et de la division dans les familles.

1)      le feu. Que de gens souhaitent mettre le feu aux poudres depuis les origines, en passant par Néron, Hitler jusqu’à Ben Laden ! Le feu dont parle Jésus c’est celui de l’Esprit Saint. Nous chantons chaque jour à l’office : «  Flamme jaillie du sein de Dieu, Esprit Saint embrase nous, comme brindilles au même feu, fais-nous brûler de ton amour ». Jésus, pyromane de l’amour, a allumé ce feu qui a traversé la mer, les siècles et arrive jusqu’à nous. Puissions-nous avoir le cœur brûlant comme les disciples d’Emmaüs et reconnaître l’action de l’Esprit près de nous, pas seulement dans l’Église car « L’Esprit agit dans le monde ». Être disciple de Jésus c’est expérimenter, un peu, ce feu en nous et dans le monde.

2) Le baptême : Quand Jésus parle de son baptême (à recevoir), il ne parle pas du baptême  (qu’il a déjà reçu) de Jean mais de sa mort et Résurrection vers lesquelles  il marche. Pour nous, le mot « baptême » évoque la cérémonie  pendant laquelle, le célébrant verse un peu d’eau sur la tête d’un bébé, d’un jeune ou d’un adulte, tout au plus le contenu d’une coquille saint-jacques. En fait, le rite primitif du baptême, utilisé encore, surtout dans des sectes, consiste à plonger complètement dans l’eau jusqu’à faire  glouglou puis sortir de l’eau pour reprendre sa respiration. Nous comprenons mieux que ce baptême symbolise la mort et résurrection. Être disciple de Jésus, c’est accepter de mourir à notre égoïsme pour renaître fils et frère.

3)      La division : » Je n’apporte pas la paix mais la division et dans les familles ! ». Cela paraît telle ment énorme et contraire à tout ce que nous pensons de Jésus que cela mérite un peu d’attention.

-  A chaque messe, nous entendons les paroles de Jésus : « Je vous donne ma paix » ! Alors ? Il y a donc deux sortes de paix. L’une, terrestre et fragile que saint Thomas d’Aquin définit comme «  la tranquillité de l’ordre », pas de vague, ou, pour la plupart d’entre nous comme une absence de guerre. L’autre, dont parle la Bible et qui est liée à la venue du Messie, c’est l’équivalent du bonheur parfait, de la joie divine d’exister. Cette paix est liée à la foi et reçue comme un don de Dieu.

- Que les familles se divisent, pas besoin de Jésus pour cela. Mais, que Jésus apporte aussi la  division dans les familles, ça commence de bonne heure avec ses propres parents : Marie et Joseph. Ils étaient fiancés et envisageaient de vivre ensemble quand Jésus arrive, on ne sait comment, de sorte que Joseph est obligé d’envisager la séparation d’avec celle qu’il aime. A Nazareth où tout le monde se connaît et  où les gens sont tous plus ou moins parents, il sème aussi la division etc… (Luc 4). Il enlève, sans préavis, deux de ses disciples à leur père qui étaient en train de raccommoder leurs filets (Matt. 4, 22) L’évangile ne dit pas si le père a vraiment apprécié. Pour être juste, il faut aussi se rappeler que Jésus a rendu son fils à la veuve de Naïm, sa fille à Jaïre… Mais la décision de le suivre nous fait sortir des relations familiales étroites au profit d’une autre famille formée par tous ceux qui croient en sa parole et qui la mettent en pratique.

- Il y a les conversions qui provoquent les conflits, encore aujourd’hui cf. Mgr Lustiger et son père. Il y a aussi, plus récemment, les cas d’enfants de familles traditionnellement chrétiennes qui n’ont pas la foi, ne se marient pas, ne font pas baptiser leurs enfants, d’où des conflits plus ou moins larvés. Enfin, et ce n’est pas le moins surprenant, il y a les divisions entre les disciples de Jésus.


- Depuis le début de l’Église, il y a des schismes. Saint Paul écrit « il faut même qu’il ait des divisions parmi vous afin qu’on voit ceux qui parmi vous résistent à cette épreuves » (1 Co 11, 18-19). Depuis le début de l’Église, il y a  des divisions entre chrétiens, non seulement entre Églises différentes (catholiques, orthodoxes, protestants…) mais par exemple, à l’intérieur même du catholicisme, à propos de rites en latin ou d’interprétation du Concile, tout cela au nom de la foi chrétienne ! La foi étant alors réduite au seul aspect intellectuel ou à son interprétation sans lien avec la conversion vraie ni avec l’espérance et la charité ( ce qu’a fait remarquer récemment Mgr Dagens). La méditation de l’évangile et du cheminement de foi des disciples et de Marie en particulier, modèle de notre foi, nous aide à  comprendre que le bonheur promis par la foi, la vraie paix, est au bout d’un chemin difficile et passe par le baptême d’eau et de feu. Si nous perdons de vue ce cheminement, nous ne comprenons plus comment Jésus nous sauve concrètement. La division qu’apporte Jésus n’est pas celle du diable, le  diviseur. La division qu’apporte Jésus est celle de la foi, celle de l’enfantement  acceptée ou pas de notre vie divine qui commence dès maintenant. Comme tout enfantement, il y a séparation et souffrance mais cette division est dynamique et porteuse de Vie. Finalement, la division qu’apporte Jésus nous fait comprendre ce qu’est le « jugement  de Dieu » : il révèle notre péché, notre incapacité de voir haut et grand, notre incapacité de voir le ciel de la présence de Dieu dans nos vies d’hommes et de femmes. Les exigences de Jésus sont grandes. Ce qu’il demande, seul Dieu peut l’exiger de nous (rien ni personne au dessus de Lui). Être disciple de Jésus, c’est accepter de faire des choix qui ne sont pas compris et qui divisent.

Pour terminer, je voudrais citer une anecdote que B. Chenu raconte dans son petit livre : « Dieu, l’homme et la souffrance ».Il est à l’hôpital  pour une chimio avec un grand malade qui lui, est lefèvriste et lepéniste. Tout pour plaire ! Eh bien ils se sont bien entendus, non en parlant de politique ou de l’Eglise mais parce que l’un et l’autre  remettaient leurs vies entre les mains du Christ et se réconfortaient l’un l’autre dans leur situation très précaire : le b-a-ba de l’acte de foi ! En célébrant l’eucharistie, puissions-nous maintenir vivant dans le monde ce que, disciples de Jésus, nous frôlons de plus haut le ciel de la présence de Dieu dans nos vies.