Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Abbaye de Tamié

Homélie - Toussaint

Par dom Victor
logo tamié

Homélie pour la fête de la Toussaint

Ap 7, 2-14 - 1 Jn 3, 1-3 - Mt 5, 1-12
Ce que nous seront ne paraît pas encore...

Introduction

Cet amour aux cent visages, c'est nous aujourd'hui et avec nous, la foule innombrable des saints, foule immense que nul ne peut dénombrer, de toutes nations, races, peuples et langues. Oui, unis à tous les saints du ciel nous formons une seule assemblée, une seule Église où chacun est un reflet de l'amour infini du Père. Au début de cette célébration ouvrons nos coeurs à ce don de Dieu qui nous appelle à être fils dans son Fils unique.

Homélie

      Seule la lumière et la joie de Pâques nous permettent de comprendre le sens profond de cette fête de Toussaint. Toussaint, en effet, est la Pâque de tous les élus. Qui sont-ils ces élus ? Une foule innombrable de toutes langues, nations, peuples…Oserais-je dire de toute religion ? Chaque eucharistie célèbre la Pâque de Jésus, son corps livré pour tous, son sang versé pour la multitude ; elle annonce déjà cette Pâque universelle et nous unit à la foule innombrable des saints qui intercèdent pour nous. Ces hommes, ces femmes, ces enfants sont saints parce qu’ils ont été purifiés par le sang de l’Agneau immolé, le sang de Jésus, l’unique juste, l’unique saint, à la fois fils d’homme et fils bien-aimé du Père. En lui et en lui seul nous sommes tous appelés à devenir des justes et des fils pour le Père.

      Ainsi les saints que nous célébrons aujourd’hui ne se présentent pas à nous comme des héros. Tous se reconnaissent pécheurs mais pardonnés et justifiés par Dieu. C’est Dieu que nous glorifions dans les saints, c’est l’action de sa grâce que nous exaltons dans le cœur de ces hommes, de ces femmes et même de ces enfants, faibles et pauvres mais qui, dans leur pauvreté ont accueilli le salut que Dieu leur offrait. Beaucoup n’ont peut-être pas connu le Christ mais ils l’ont honoré et servi dans tout homme et toute femme rencontrée à qui ils ont offert une aide, une présence aimante ou pour qui ils ont parfois sacrifié leur vie. Au terme de leur parcours terrestre, Jésus a pu leur dire : j’étais pauvre, malade, en prison et vous m’avez visité, vous avez aimé. Car ce ne sont pas ceux qui disent : Seigneur, Seigneur…qui entreront au Royaume des cieux mais ceux qui font la volonté de mon Père. Et nous savons que cette volonté de Dieu est une volonté d’amour, un amour qui fait lever son soleil sur les bons comme sur les méchants.

     Une dimension de cette fête à laquelle nous rend sensibles aujourd’hui l’œcuménisme est que l’unité des chrétiens à laquelle nous aspirons et pour laquelle nous prions est déjà réalisée dans les saints. Cette vérité a été fortement affirmée à plusieurs reprises par Jean-Paul II, en particulier dans son encyclique sur l’œcuménisme où il affirme : Bien que de manière invisible, la communion encore imparfaite de nos communautés est en vérité solidement soudée par la pleine communion des saints, c'est-à-dire de ceux qui, au terme d'une existence fidèle à la grâce, sont dans la communion du Christ glorieux. Ces saints proviennent de toutes les Eglises et Communautés ecclésiales qui leur ont ouvert l'entrée dans la communion du salut. Sachons nous réjouir de cette unité et vivons de cette unité déjà réalisée.  

      Que dire aussi de tous les justes qui ont vécu dans d’autres religions ou en dehors de toute religion ? La Bible ne craint pas d’en canoniser certains : Abel, Melchisédech, Job et d’autres. Jésus admire la foi de certains païens. Les prophètes ont entrevu les temps messianiques comme une grande fête religieuse où les nations païennes, celles même qui ont persécuté le Peuple de Dieu, l’Egypte et Babylone, afflueront vers Jérusalem et apporteront leurs offrandes au Dieu unique. Ne sommes-nous pas dans les temps messianiques ? Ne peut-on pas dire avec f. Christian, martyr de Tibhirine, dans son magnifique testament : A notre mort, s’il plaît à Dieu, voici que nous pourrons plonger notre regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants d’autres peuples, cultures et religions tels qu’il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences

      En  ce temps de mondialisation il est heureux de constater que, depuis le jour de Pentecôte, l’Eglise vit la vraie mondialisation, celle de l’amour. L’épopée des missions n’a jamais voulu être, une conquête mais une œuvre de communion. Preuve en est le témoignage des martyrs qui donnèrent leur vie pour la mission. Y a-t-il plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ? La foule immense des saints canonisés ou béatifiés couvre tous les continents et tous les pays. Ensemble ils ne forment qu’une grande famille, celle des enfants du Père, tous frères et sœurs du Christ.

     Je reprends la question du début : qui sont ces saints, ces élus ? L’évangile nous le dit : des pauvres, des doux, des hommes et des femmes qui pleurent, assoiffés de justice et souvent persécutés pour la justice, des artisans de paix, des miséricordieux, des cœurs purs enfin parce que blessés par un grand amour et purifiés par Dieu qui est Amour ; c’est pourquoi ils voient Dieu. Leur bonheur est de vivre dans cet amour infini auquel ils ont cru, parfois sans le connaître vraiment, mais en vivant dés ici-bas de cet Amour.

       Ils nous ouvrent ainsi une très grande espérance : ils nous montrent où conduit notre vie, ils nous tracent le chemin. Suivons-les sur ce chemin. La lumière de cette fête ne supprime pas toute obscurité, la mort demeure une énigme, une grande souffrance et même un scandale surtout quand elle frappe un être aimé, qu’elle brise un foyer, qu’elle prive un jeune ou un enfant de son avenir. Mais ce scandale, Dieu l’a pris sur lui en Jésus et en a triomphé par la Résurrection. Célébrer Toussaint c’est annoncer cette victoire du Christ sur la mort, c’est la voir réalisée dans ces saints que nous honorons et que nous prions.