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Abbaye de Tamié
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Homélie - Carême 1

Par Frère Marco

Premier dimanche de carême - A


 Homélie

Mercredi dernier avec le rite pénitentiel des cendres, nous sommes entrés dans le carême, temps de renouveau spirituel qui prépare à la célébration de Pâques.

Ce temps du carême c'est pour nous un temps liturgique vraiment précieux et important. La Parole de Dieu nous est offerte pour nous guider sur le chemin vers Pâques, c'est pour cela qu'à travers les textes d'évangile qui nous sont proposés dimanche après dimanche, nous sommes conduits, accompagnés à une rencontre, à une connaissance particulièrement profonde avec Jésus, comme nous l'a rappelé si bien la prière d'ouverture de cette eucharistie.

« Accorde-nous Seigneur tout au long de ce carême de progresser dans la connaissance de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière pour une vie de plus en plus fidèle. »

Voilà le but, la signification profonde du carême « progresser dans la connaissance (au sens biblique du terme), de Jésus Christ et de nous ouvrir à sa lumière »

Nous pouvons nous demander : « Comment s'opère-t-elle cette connaissance du Jésus Christ ? »

La Parole de Dieu est l'un des lieux privilégiés pour entrer profondément dans la connaissance de Jésus. Comme le dit le Concile Vatican II qui « exhorte avec force tous les chrétiens, à acquérir par la lecture fréquente des divines Écritures une connaissance éminente de Jésus Christ " (Ph 3, 8), car « ignorer les Écritures, c'est ignorer le Christ ». La fréquentation assidue de la Parole de Dieu, en particulier les Évangiles demande plus encore que l'étude, l'intimité avec le Christ et la prière ; car elle s'opère en approfondissant une relation d'amitié, de confiance avec Lui.

Dans son testament spirituel Shahbaz Bhatti, 42 ans, le ministre des minorités assassiné le 2 mars dernier au Pakistan écrivait : « Je veux vous dire que je tire beaucoup de force, d'inspiration dans la Bible et dans la vie de Jésus. Plus je lis le Nouveau et l'Ancien Testaments, les versets de la Bible et les paroles du Seigneur, et plus ma force et ma détermination sont renforcées »

Le texte d'évangile que nous venons d'entendre est là pour nous éclairer, nous aider. Il est important de rappeler que Jésus en sortant de l'eau, après son baptême au Jourdain, une voix (la voix du Père) ce fait entendre : « Celui-ci est mon Fil bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour. » Aussitôt Jésus « fut conduit au désert pour être tenté par les démons ».

Jésus « fut conduit par l'Esprit Saint au désert pour être tenté par les démons. »

Il y a là une insistance évidente sur le fait que les tentations ne furent pas un accident de parcours, mais la conséquence du choix de Jésus, de suivre la mission qui lui avait confiée le Père, de vivre jusqu'au bout sa réalité de Fils bien-aimé, qui lui fait totalement confiance.

Le récit des tentations de Jésus « éclaire notre condition d'homme, de femme. Il y a là comme un appel, un double appel : d'abord prendre conscience de notre fragilité de notre vulnérabilité « comme d'une porte par laquelle Dieu peut entrer auprès de nous » (Fr. Marcelin, prieur de la Grande Chartreuse) pour nous libérer du péché, nous fortifier d'une façon nouvelle dans le Christ, Chemin, Vérité et Vie ».

Ensuite ce récit nous rappelle que, à l'exemple de Jésus et en union avec Lui, la foi chrétienne implique une lutte contre les puissances de ce monde de ténèbres où le démon est à l'oeuvre et ne cesse même de nos jours de tenter l'homme qui veut appartenir au Seigneur. Jésus sort vainqueur de cette lutte, également pour ouvrir notre coeur à l'espérance et nous conduire à la victoire sur les séductions du mal » (Benoît XVI)

Comment ne pas penser aux frères de Tibhirine, qui par fidélité à l'appel du Seigneur et par fidélité au peuple algérien ont prit la décision d'aller jusqu'au bout de leur engagement.

Plus proche de nous dans le temps je pense encore au ministre Pakistanais qui dans son testament spirituel écrivait : « Des hautes responsabilités au gouvernement m'ont été proposées et on m'a demandé d'abandonner ma bataille, mais j'ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie. Ma réponse a été toujours la même : « Non je ne veux pas le pouvoir. Je veux seulement une place aux pieds de Jésus. Je veux que ma vie, mes actions parlent pour moi, et disent que je suis en train de suivre Jésus. Je veux vivre pour le Christ et pour lui je veux mourir. Moi je dis que tant que je vivrai, jusqu'à mon dernier soupir, je continuerai à servir Jésus et cette humanité souffrante, les chrétiens, les nécessiteux, les pauvres.

« Je veux seulement une place aux pieds de Jésus » Je veux que ma vie, mes actions parlent pour moi, et disent que je suis en train de suivre Jésus... »

 « Je veux vivre pour le Christ et pour lui je veux mourir... » Ces paroles émouvantes et brûlantes du ministre pakistanais nous rappellent que : « Si, nous marchons parfois de nuit, ou comme à travers un désert, ce n'est pas pour suivre un idéal. Nous suivons une personne, le Christ.

Nous ne sommes pas seuls, lui nous précède.
Nous ne sommes pas seuls une foule innombrable nous accompagne.

« Suivre Jésus, suppose un combat, un combat intérieur, avec des décisions à prendre, des fidélités de toute une vie.

Dans ce combat, nous ne nous appuyons pas sur nos propres forces mais nous nous abandonnons à la présence du Seigneur, nous nous confions à l'intercession de tant d'hommes, de femmes qui nous ont déjà précèdes et qui nous accompagnent...

« Le sentier n'est pas tracé à l'avance, il implique aussi d'accueillir des surprises, de créer avec l'inattendu. » Le Seigneur Lui, « ne se fatigue pas de reprendre le chemin avec nous. Nous pouvons croire qu'une communion avec lui est possible et ne jamais nous fatiguer, nous non plus, d'avoir toujours à reprendre le combat. Nous n'y persévérons pas pour nous présenter à Dieu sous notre plus beau jour. Non, nous acceptons d'avancer comme des pauvres de l'Évangile qui se confient en la miséricorde de Dieu. » (Fr. Aloïs de Taizé)