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Homélie - Carême 5

Par Frère Raffaële

5ème dimanche de carême
La résurrection de Lazare

Introduction

"Moi, je suis la Résurrection et la vie" nous dit Jésus aujourd'hui. Parole bouleversante, folle même ! Jésus ne se limite pas à faire cette déclaration déroutante. Il pose un acte, un "signe" comme dit saint Jean qui nous le raconte et le propose à notre foi. Nous nous sommes rassemblés ici parce que nous croyons à cette parole de Jésus, aux actes qui la confirment. Sa Parole et son Pain de vie nous font déjà participer à sa résurrection. Il nous demande de croire en Lui. Qu'allons-nous lui répondre ?

 Homélie

- Frères et soeurs, cette page nous offre un exemple particulièrement suggestif de ce qui fait la beauté spécifique de l'évangile selon S. Jean. Parmi les quatre évangélistes, Jean est celui qui pose sur Jésus le regard le plus pénétrant, parce que le plus aimant. Avec une profondeur inégalée, il nous dévoile le mystère de Jésus en toute sa plénitude : Jésus vrai homme et vrai Dieu. C'est dans cette lumière que je voudrais contempler avec vous le visage de Jésus, notre frère et notre Sauveur, en méditant cet évangile. Comme nous allons le proclamer tout à l'heure, dans la préface de la Messe, « Jésus est cet homme plein d'humanité qui a pleuré sur son ami Lazare ; il est Dieu, le Dieu éternel qui fit sortir le mort de son tombeau. »

Oui, Jésus est vraiment Dieu. Il est la Résurrection et la Vie. Il est la source de la vie, la vie plus forte que la mort, la vie éternelle. « Tout homme qui croit en moi ne mourra jamais », dit-il à Marthe. Il est celui par qui la bonté du Père se répand sur nous : «Père; je te rends grâce parce que tu m'as exaucé. » Jésus s'applique le nom divin révélé à Moïse sur le mont Sinaï dans l'apparition du buisson ardent, où Dieu s'était nommé : « Je suis. » « Je suis la Résurrection et la Vie », déclare Jésus. Prétention folle, scandaleuse, dans la bouche d'un homme, si elle n'était pas authentifiée par ses actes, par les signes qu'il accomplit : « Les oeuvres que je fais au nom de mon Père me rendent témoignage... Si vous ne me croyez pas, croyez en ces oeuvres », dit Jésus, toujours dans l'évangile de Jean (10, 25. 38).

C'est cette foi que Jésus propose à Marthe et qu'il propose aussi, ici et maintenant, à notre liberté : « Crois-tu cela ? »

Mais ce passage de l'évangile selon st Jean nous dévoile aussi, de façon étonnante, touchante, la profonde humanité de Jésus. Il est vraiment, pleinement homme. Son coeur vibre de tous les sentiments humains, en particulier ce sentiment si doux qu'un philosophe antique appelait le soleil de la vie : l'amitié. A maintes reprises dans ce texte, S Jean met en lumière l'amitié intime qui liait Jésus à la famille de Béthanie : « Seigneur, celui que tu aimes est malade... Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare... Lazare, notre ami, s'est endormi... Voyez comme il l'aimait ! » Cette délicatesse des sentiments dans le coeur du Verbe incarné atteint une telle intensité que, pour deux fois, S. Jean écrit cette phrase saisissante : Jésus, voyant la douleur de ses amis, « fut bouleversé d'une émotion profonde. » Émotion qui culmine dans le verset extraordinaire : « Jésus pleura. » C'est le verset le plus bref de tout le Nouveau Testament ; pourtant, il nous ouvre des perspectives vertigineuses sur le mystère de Dieu. En Jésus, Dieu pleure sur la mort de ceux qu'il aime.

A ce propos, j'aimerais vous partager quelques réflexions d'un auteur qui m'a profondément marqué dans ma vocation monastique et même dans ma vie de foi. Il s'agit d'un père jésuite, le père Auguste Valensin. Ses méditations sur l'évangile, écrites dans les années 1937-1939, furent publiées peu après sa mort, en 1953, dans un volume intitulé : La joie dans la foi. Ça ne date pas d'aujourd'hui, me direz-vous ! Mais je vous répondrai que c'est un ouvrage classique, et les classiques n'ont pas d'âge.

« Jésus pleura. » « Quelle révélation ! - s'écrie le père Valensin - L'homme aurait-il jamais pu, jamais osé se former de Dieu l'idée que nous en donne cette page d'évangile ! Dieu pleure, et c'est à cause de deux femmes qui ont de la peine ; et c'est sur un ami qu'il pleure. Quelle lumière sur la nature de Dieu, sur son coeur ; vraiment, son nom est bien, comme le dit S. Jean : "Amour". Joie d'y penser. Douceur. Confiance. Espérance infinie. » Et le père Valensin continue : « Désormais, qui pleure parce qu'il aime, qui pleure près d'un lit de mort, qui pleure sur la souffrance, il fait revivre en soi l'Homme-Dieu et, s'il le veut, il fait que Jésus pleure en lui, pleure par lui. » Ici, sous le coup de l'émotion, la parole du père Valensin devient poésie : « Coulez, larmes précieuses, larmes de mon Dieu. Larmes merveilleuses, bijoux de diamant faits pour renvoyer tous les feux de la tendresse. »

Frères et soeurs, faut-il ajouter encore quelque chose à ces mots ? Peut-être ceci seulement : ces larmes de Jésus ne restent pas inefficaces ; elles deviennent source de salut et de résurrection pour l'homme, prisonnier de la mort. C'est à chacun de nous que Jésus s'adresse, en disant : « Enlève la pierre du découragement et de la tristesse, ne répète pas comme Marthe : Il sent déjà ! Ne reste pas dans cette odeur de mort ; ne rumine pas tes idées noires ! Je suis la Résurrection et la Vie. Sors du tombeau ! Je veux te faire partager ma vie. Je te veux vivant, debout, dès maintenant et pour les siècles des siècles. »