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Abbaye de Tamié
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Homélie - Carême 5

Par Frère Antoine

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Homélie pour le 5ème dimanche de carême - A

La résurrection de Lazare ( Jn 9)

 

Le récit que nous venons d'entendre et que l'Église nous propose à l'approche de Pâques, fait suite aux évangiles des 3° et 4° dimanches de Carême. Ces trois récits sont prévus pour éduquer la foi des catéchumènes et aussi la nôtre. Il y a quinze jours, le récit de la Samaritaine nous racontait comment peut naître la foi, d'une rencontre avec Jésus, personnage d'abord inconnu et même un peu « ennemi » pour arriver à dire : « C'est le Sauveur du monde ». Dimanche dernier, il s'agissait de la foi d'un néophyte aveugle, guéri par Jésus, Lumière du monde, en butte à l'hostilité et à l'incroyance. Aujourd'hui, il est question de notre foi aux prises avec le mal, la maladie, la mort....

 

« Seigneur, ton ami est malade »: Qui d'entre nous n'a pas prié pour la guérison d'un parent ou d'un ami malade ? Nous sommes comme Marthe et Marie (leur prière est un modèle de simplicité : « Seigneur, ton ami est malade ! »). La plupart des intentions de prières qui sont données à l'Abbaye concerne des malades. Malgré la prière, malgré l'amitié, Lazare meurt ! C'est bien la peine !

La première partie de notre récit est un début d'explication donnée par Jésus qui ne s'est pas pressé pour venir au secours de Lazare malgré son amitié. Il révèle à ses disciples, et à nous, le sens qu'il donne à notre vie et à notre mort mais aussi à l'amitié et aux prières apparemment non exaucées. En général, nous pensons la vie et la mort comme deux termes totalement opposés avec, au milieu, la maladie qui peut évoluer soit vers la vie soit vers la mort. Jésus vient rajouter un élément nouveau et transcendant, celui de « la gloire de Dieu ». Un élément auquel nous ne pensons pas du tout, en dehors de la foi, parce qu'il échappe à notre constat, à nos yeux de chair. Jésus fait appel à notre foi, il nous demande de le croire sur parole. Cet élément nouveau change complètement le sens des mots, comme souvent chez saint Jean. Ainsi, Jésus parle de la mort physique comme d'un « sommeil ». Ah, disent les disciples, s'il dort, il se réveillera, ce n'est pas grave ! Remarquons, au passage, que le mot «cimetière» signifie «dortoir», c'est un mot lié à la foi en la Résurrection. Aujourd'hui, avec la perte de la foi on parle de «jardin du repos» ou des choses comme ça. Jésus est obligé de dire : Non ! Non ! Quand je parle de sommeil, c'est bien ce que vous vous appelez «la mort». Lazare est bien mort dans ce sens là. La différence entre Jésus et nous c'est qu'au lieu du binôme « vie/mort », à la lumière de la foi, il faut dire : « vie/sommeil de la mort : réveil/la Vie comme gloire de Dieu». La mort n'est pas niée, elle est transformée, comme la vie.

 

« Je suis la Résurrection et la Vie ». Cette partie du récit nous révèle deux choses. L'une concerne la résurrection et l'autre l'identité de Jésus.

a)  La résurrection, nous dit Jésus, n'est pas seulement à la fin des temps, au dernier jour, dans le futur mais une vie nouvelle peut nous être donnée déjà maintenant, à condition de croire en lui : «Celui qui croit en moi ne mourra jamais!» «Celui qui croit en moi, même s'il meurt vivra !» «Je suis la Résurrection et la Vie!». Autrement dit ce que Jésus veut nous révéler c'est que l'important n'est pas de savoir si l'on vivra après la mort (ce n'est pas un «savoir») l'important c'est de ne pas «être mort» pendant notre vie terrestre. Sans la foi, nous vivons comme des morts et Jésus nous apporte la Vie grâce à la foi. Je suis la Résurrection et la Vie (avec une majuscule). Aujourd'hui, on dirait que croire ou ne pas croire en Jésus n'est qu'une affaire dopinion personnelle sans grande importance. Quand on lit l’Évangile, on voit que, pour Jésus, il s'agit d'une question de Vie ou de Mort !

b) Jésus ne se présente pas comme un thaumaturge ni comme quelqu'un qui sait des secrets sur l'au-delà. Il dit : « Je suis la Résurrection et la Vie!». On pourrait s'attendre à «Je suis la Vie et la Résurrection». Non ! D'abord la Résurrection car nous devons renaître (voir l'épisode de Nicodème ou la parabole du grain de blé). Puis, la Vie éternelle, divine, qui glorifie Dieu. Comment comprendre cette prétention ? Tout l'Évangile de St Jean est écrit pour répondre à cette question. Dans presque tous les chapitres, il est question de cette Vie, dès le prologue v. 4 « de tout être il était la vie », en lui, tout a été créé dès les origines parce qu'il est Dieu jusqu'à la fin : « Tout cela a été écrit pour que vous croyez et que, en croyant, vous ayez la Vie en mon nom » (Jean 20,31). C'est le mystère de l'Incarnation. En se faisant homme, Jésus apporte cette vie divine avec lui et il peut nous la communiquer si nous avons foi en lui, si nous croyons, pas seulement avec des idées, mais en l'accueillant dans notre vie comme une épouse accueille son époux et réciproquement. Quand quelqu'un tombe amoureux, c'est bien toujours la même personne mais sa vie change complètement, il ne peut plus vivre sans l'autre. Cette Vie est une dimension présente dans notre vie dès aujourd'hui. Par la foi, Jésus nous ressuscite parce que nous sommes morts, non pas physiquement mais spirituellement, si nous sommes séparés de lui comme l'enfant prodigue était « mort » (Luc 15, 32). En fait, il n'était pas mort puisqu'il gardait les cochons, mais il était mort parce qu'il avait coupé les ponts avec son père et son frère. Avec Jésus, dès aujourd'hui, nous sommes vivants. Henry Quinson raconte dans son dernier livre « Moine des cités », page 66 que, lors de sa dernière venue à Tamié, frère Christophe est salué par un ouvrier qui l'interroge : « Alors, tu es toujours en vie?». Sourire : «Non, je suis déjà en vie!». À méditer à la lumière de notre évangile et de ce qu'il a vécu par la suite.

 


« Jésus pleura. » La foi en la résurrection n'empêche pas le drame, le tragique de la mort dans nos existences humaines. Une mère avait perdu son fils de 20 ans. Le curé vient la visiter. Devant cette femme effondrée, il essaie de la consoler et de lui dire quelques paroles d'espérance, il lui dit que son fils est toujours vivant mais autrement. La mère demande : « Et qu'est-ce qu'il fait ? » Pris de court, le curé cite Saint Paul et répond : «Il voit Dieu face à face» et la mère réplique : «C'est quand même pas un boulot pour un gars de 20 ans!». C'est du bon sens ! On ne peut pas imaginer ce que peut être notre «mort-sommeil» et son après. Toutes nos images sont des analogies et donc inadéquates. En revanche, ce que nous pouvons expérimenter -un peu- dès maintenant, y compris dans les moments difficiles, c'est la présence de Jésus et de son Esprit en nous. Ils peuvent nous donner la force pour traverser les épreuves de la maladie, de la mort .Dans des situations de morts, aujourd'hui, des hommes et des femmes courageux, habités par l'Esprit (qui agit dans le monde et pas seulement chez les chrétiens), sont capables d'ouvrir ces chemins de vie, là où tout le monde baisse les bras ! On raconte que des martyrs allaient au supplice en chantant et en pardonnant à leurs bourreaux. Comment expliquer que le Père Kolbe pouvait faire chanter les prisonniers condamnés, comme lui, à mourir de faim dans un bunker.

Nous sommes des Marthe et des Marie quand nous prions pour les malades. Nous sommes aussi Lazare lorsque, sur la parole de Jésus, nous sortons de notre tombeau, de notre vieil homme qui nous tient encore ficelés dans les bandelettes de nos égoïsmes, de nos culpabilités et de nos manques de foi. Malgré nos péchés et nos limites, Jésus nous dit à chacun: «Sors !», devant tout le monde, n'aie pas peur de montrer que Jésus t'a ressuscité. Aujourd'hui, maintenant, Il nous dit à chacun de nous, comme à tous ceux qui écoutent ou lisent cet évangile : « Je suis la Résurrection et la Vie. Crois-tu cela ? »