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Homélie - Saint Bernard

Par Père Abbé dom Victor

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Homélie pour la fête de saint Bernard
Profession solennelle de Frère Antoine

Cet évangile des béatitudes nous situe bien au cœur de cette célébration. Ce n’est pas sans émotion que l’on entend de la bouche de Jésus cette proclamation : Heureux les pauvres, Heureux les doux… Jésus est entouré de ses disciples et il s’adresse à la foule et à nous aujourd’hui. Lui seul est en droit de proposer un idéal aussi élevé, car il le vit. Jésus se définit même dans ce programme. Qui mieux que lui est pauvre, doux, miséricordieux, artisan de paix, persécuté pour la justice ? C’est bien pour cela que les douze l’ont suivi et lui sont demeurés fidèles. C’est pour cela qu’aujourd’hui encore des martyrs donnent leur vie et que des missionnaires annoncent l’Evangile. Si cette page a été choisie pour la fête de s. Bernard, c’est parce qu’il ne faut pas chercher ailleurs le secret de la vocation monastique et du rayonnement apostolique de Bernard de Clairvaux. Et n’est-ce pas déjà pour mieux vivre cette page d’évangile que, tout jeune encore, frère Antoine, tu as ressenti l’appel à suivre le Christ dans la prêtrise ? Pendant bien des années tu as proclamé et commenté ces béatitudes en paroisse et dans le service de catéchèse qui t’a été confié.  

            Ce programme est sans limite. Nul ne peut se glorifier de le vivre parfaitement. Sans cesse, il nous invite à aller plus loin. Aussi est-ce pour mieux le vivre que, parvenu à l’âge où l’on songe à la retraite, tu as décidé d’embrasser la vie monastique dans cette abbaye. Après six années qui t’ont paru parfois un peu longues, tu as la joie de consacrer sans calcul ce qui te reste de vie et de forces à cette quête de Dieu à laquelle nous invite saint Bernard. Tu ne prêcheras pas de croisade, ni ne donneras de directives au pape, comme le fit Bernard, mais tu continueras de mener au milieu de tes frères cette vie qu’ont vécue et enseignée les grands saints du début de notre Ordre au 12e siècle. En ce lieu même de Tamié, beaucoup nous ont précédés depuis saint Pierre de Tarentaise, fondateur et premier abbé en 1132. Devenu archevêque de Moûtiers, il a laissé un souvenir durable d’artisan de paix et d’ami des pauvres dans notre église de Savoie et au-delà. Nous venons de ramener une grande partie de ses reliques, jusqu’ici vénérées à Vesoul. Saint Pierre, ami de saint Bernard, demeure présent dans cette communauté à laquelle tu t’agrèges aujourd’hui définitivement ?

            Mais revenons à la Parole de Dieu qui nous a été lue. L’apôtre Paul souffre de voir des chrétiens se conduire en ennemis de la Croix du Christ. Au début de sa lettre, il confiait à ses chers Philippiens : Pour moi, vivre, c’est le Christ. Nous savons combien s. Bernard a fait siens ces propos. A plusieurs occasions et en particulier aux moines de l’abbaye d’Aulps, dans le Chablais, il aimait rappeler que notre Ordre, c’est la croix du Christ, croix glorieuse et lumineuse.      

            Cher Antoine, tu en as fait l’expérience durant ces six années vécues au milieu de nous, la vie monastique n’est pas une recherche de la souffrance, comme on l’a cru parfois, mais une quête incessante de l’amour manifesté par cette croix du Christ. C’est ce que voulait nous dire la première lecture tirée du Cantique des Cantiques que saint Bernard a si magnifiquement commenté. Ce poème inspiré lui permet d’exprimer de façon incomparable la grâce de notre vocation et le mystère de l’union de l’âme avec Dieu. S. Bernard sut unir de façon exceptionnelle cette vie mystique, fruit de sa contemplation, et un dévouement inconditionnel au service de l’Eglise. Tu as découvert à ton tour que la vocation monastique te permettait d’unifier tes années de ministère sacerdotal et cet appel mystérieux que tu ressentais pour une vie de prière dans la pauvreté, l’obéissance et la communion fraternelle. Aujourd’hui, par la présence nombreuse de tes amis évêques et prêtres, de tes anciens paroissiens, de la communauté qui t’accueille, Dieu bénit et ratifie ta décision. Notre prière à tous, notre amitié et notre joie te disent l’acceptation joyeuse et solennelle par l’Eglise de Savoie de ta donation totale au Seigneur.