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Homélie - Assomption de Marie

Par dom Ginepro abbé
vierge assomption
Assomption de Marie

 « Heureuse celle qui a cru ! » (Lc 1, 39-56)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? Car, lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation, l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur,
mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur.
Il s'est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !
Son amour s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race à jamais. »

Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle
.

© AELF - Paris - 1980 - Tous droits réservés

 

Homélie

La fête d'aujourd'hui, l'Assomption de Marie, autrement dit la « sanctification » de toute sa personne, nous offre l'occasion de faire quelques réflexions sur notre propre corps, la valeur du corps, sa destinée.

Oserions-nous nier qu'aujourd'hui, en 2013, il y a beaucoup plus d'attentions qu'autrefois pour ce qu'on appelle les libertés individuelles ? De nos jours, les législateurs de nos pays, se sont battus et, au nom de la Liberté, ont éliminé bien de préjugés, de tabous (disent-ils), en voulant donner la possibilité de s'exprimer à tous et à chacun. Évidemment, ce n'est pas fini : ils continuent. L'Histoire avance.

Si nous réfléchissons, dans cette mouvance de libération progressive qui est dans l'air du temps, la place de ce que nous appelons : Corps humain occupe un espace important et très singulier ; nous pouvons observer que, en quelque manière, le corps est souvent placé au centre du débat.

Il faut d'abord reconnaître que notre corps est une réalité qui est largement exposée, effectivement, à toute sorte d'attaques. Hélas, souvent, nous le constatons par expérience personnelle : les blessures, la maladie, le dépérissement, les accidents, le vieillissement, les catastrophes, les manques et les excès de tout genre... Tout cela, et autre encore, fait que notre corps se trouve presque toujours en première ligne. Quelle précarité pour lui !

Nous savons aussi que cette affirmation, cette identification se prête à des discussions animées, à des contestations qui dépendent de l'idée que chacun de nous a, justement, de la personne humaine : peut-on séparer le Corps de la Personne, peut-on les isoler ? Non, évidemment. Pour mieux nous entendre, je précise que je fais référence, ici, à ce qui est physique en nous (et c'est encore une manière de s'exprimer).

Nous savons aussi que la libération (c'est ainsi qu'on l'appelle) des corps devient, souvent, symbole et moteur de ce processus d'émancipation qui est tellement cher, dirait-on, à nos contemporains. C'est ainsi que ce qu'on estime être des préjugés (de toute sorte), héritage des traditions et des systèmes du passé, sont, petit à petit, contestés, démontés et vigoureusement combattus (à tort ou à raison). On dirait que, parfois, dans bien de domaines, on est allé très loin. Et... c'est le corps qui en a pris de plein fouet. Sans entrer dans les débats qui sont d'actualité en ce moment, je vous cite un exemple tout simple et si vous voulez, marginal: la mode vestimentaire de nos cultures reflète et donne largement sa contribution à ce mouvement dit de libération des moeurs. La publicité, aussi, chevauche aisément la vague et s'y engage de manière débridée, choquante. Mais, si nous voulons affiner notre analyse, nous devons constater que c'est bien le corps (encore lui) qui en fait les frais : on dirait qu'il finit pour devenir la cible, le terrain d'expérimentations, le centre de tous les excès, les entêtements, les exhibitions, les raidissements, les fanatismes... Le corps, dans sa matérialité, devient en quelque sorte l'objet, le malheureux champ de bataille des idéologies opposées. Et il en sort perdant.

En tant que chrétiens, tout en laissant la liberté de conscience à chacun, nous avons droit à notre point de vue sur la question ; il ne s'agit pas tellement de faire du moralisme : dans le credo, qui est le concentré de notre foi et que nous chantons chaque dimanche, nous proclamons (peut-être sans réfléchir suffisamment à la portée de telle affirmation) que Dieu s'est fait homme ; Dieu a pleinement assumé notre humanité, donc, notre corps humain. Pensons-nous à ce que cela signifie? Dieu s'est ainsi exposé à la précarité, à la faiblesse du corps. Dieu est allé jusqu'à prendre chair dans le corps d'une femme ; plus scandaleux encore : il est passé par la passion et comme pour chacun de nous, par cette négation extrême, la mort. Ce qui sonne complètement contradictoire pour les deux autres religions monothéistes, le judaïsme et l'Islam, qui jugent une affirmation pareille comme totalement insensé, et parfaitement irrecevable ; entre Dieu, le Vivant, et le corps humain, précaire, il y aurait une sorte d'opposition dont nous trouvons fréquemment les traces, entre autre, dans l'Ancien Testament.

La nouveauté absolue de la foi chrétienne est donc soulignée dans ce Dieu Saint, c'est-à-dire totalement Autre, qui, par Marie et en elle, se fait chair (comme dit S. Jean dans le prologue de son évangile), qui se fait homme ; et qui, dans la résurrection de Jésus permet à l'homme de devenir radicalement Autre. Or, mis à part Jésus lui-même, nous retrouvons les prémices de cette vérité de notre foi, justement, dans l'Assomption de Marie. C'est pour cette raison que nous l'invoquons : elle est devenue pour nous un signe privilégié de ce qui nous attend.

La fête d'aujourd'hui s'inscrit, en effet, au coeur de cette réflexion ; d'abord, parce que c'est en Marie, une femme, que Dieu, l'Au-delà-de-tout, en Jésus a pris chair, a assumé la chair humaine. Et, ensuite, parce que la réalité toute entière de cette femme, Marie, la première des créatures entièrement sauvées, préfigure et anticipe notre destinée à tous.