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Abbaye de Tamié
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Homélie TO 5

Par Fère Raffaele
arcabas - tamié
Homélie pour le 5ème dimanche
du temps ordinaire

1ère lecture : Révélation du Dieu saint et vocation d'Isaïe (Is 6, 1-2a.3-8)   Lecture du livre d'Isaïe

L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds, et deux pour voler. Ils se criaient l'un à l'autre : « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur, Dieu de l'univers. Toute la terre est remplie de sa gloire. » Les pivots des portes se mirent à trembler à la voix de celui qui criait, et le Temple se remplissait de fumée.
Je dis alors : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite au milieu d'un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l'univers ! »
L'un des séraphins vola vers moi, tenant un charbon brûlant qu'il avait pris avec des pinces sur l'autel. Il l'approcha de ma bouche et dit : « Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné. »
J'entendis alors la voix du Seigneur qui disait : « Qui enverrai-je ? qui sera notre messager ? » Et j'ai répondu : « Moi, je serai ton messager : envoie-moi. »


La pêche miraculeuse. La vocation des Apôtres (Lc 5, 1-11)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un jour, Jésus se trouvait sur le bord du lac de Génésareth ; la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Il vit deux barques amarrées au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques, qui appartenait à Simon, et lui demanda de s'éloigner un peu du rivage. Puis il s'assit et, de la barque, il enseignait la foule.
Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets. » Ils le firent, et ils prirent une telle quantité de poissons que leurs filets se déchiraient. Ils firent signe à leurs compagnons de l'autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu'elles enfonçaient. À cette vue, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus, en disant : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. » L'effroi, en effet, l'avait saisi, lui et ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu'ils avaient prise ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, ses compagnons. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »
Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent.

© AELF

Homélie

Vous avez sans doute remarqué, frères et soeurs, que dans la liturgie de la messe il y a souvent une consonance, une harmonie secrète entre la première lecture, tirée de l'Ancien Testament, et l'évangile. Cela est particulièrement évident aujourd'hui. Aussi, je voudrais dans l'homélie mettre en regard ces deux lectures que nous avons entendues, pour en dégager toute la substantifique moelle, si l'Esprit saint daigne m'inspirer.

Nous sommes en présence de deux récits de vocation : celle du prophète Isaïe, et celle de l'apôtre Pierre. Dans les deux cas, Dieu se cherche un messager, quelqu'un qui aille annoncer sa parole. Comment va-t-il les choisir ? Comment se révèle-t-il à eux ?

Dans le cas d'Isaïe, c'est par une vision impressionnante, convaincante sur-le-champ. Aucun doute n'est possible : celui qui est assis sur le trône élevé, c'est Dieu.

Dans le cas de Pierre, c'est par un miracle, une pêche tout à fait étonnante. Pierre comprend que Dieu est là et il se jette à terre aux pieds de Jésus.

Cependant, il me semble que, dans les deux cas, ce n'est pas le sentiment du merveilleux qui est le plus important. Le premier sentiment qui naît, chez Isaïe comme chez Pierre, est celui d'une profonde indignité. Dieu se révèle et voici que soudain Isaïe et Pierre se découvrent pécheurs.

Ils le savaient sans doute déjà un peu, du bout des lèvres, par une sorte de pieuse convenance, comme tant de gens. Nous aussi, nous nous reconnaissons pécheurs, au début de chaque eucharistie. Mais au fond, ils ne le savaient pas vraiment. Leur coeur n'avait pas encore été pour de bon retourné, brisé, broyé, comme dit le psaume 50, le Miserere.

Pour cela, il fallait d'abord que Dieu se révèle à eux. Et c'est ce chemin que Dieu a choisi pour se révéler à l'homme : il n'éblouit pas son intelligence ; il commence par briser son coeur. L'intelligence suivra, lorsque le coeur aura été touché, transpercé, broyé par la contrition.

Ainsi, la première lueur que nous apercevons de Dieu est, de façon paradoxale, l'obscurité de notre misère. Pour se faire connaître de nous, pour nous appeler à sa suite et nous confier quelque mission à son service, le Seigneur commence toujours par nous faire prendre conscience de notre indignité, de notre indigence. Isaïe a failli en désespérer : « Malheur à moi, je suis un homme aux lèvres impures ! » Et Pierre est sur le point de tourner le dos à Jésus, tellement l'effroi l'a saisi : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. »

Éloigne-toi ! Or, c'est exactement le contraire qui arrive. Les lèvres d'Isaïe sont-elles impures ? Eh bien, un ange viendra les purifier avec un charbon ardent pour qu'elles soient en mesure de proclamer la parole de Dieu. Pierre est-il pécheur ? Qu'à cela ne tienne ! Car ainsi son coeur est prêt pour recevoir la grâce de Dieu et pour l'annoncer ensuite à tous ses frères.

Ce sentiment d'indignité porte un nom dans l'évangile : il s'appelle le repentir. Il est le chemin obligé pour quiconque s'aventure vers le Royaume. A la fois stupeur devant Dieu, confusion devant notre péché pleinement révélé à la lumière de Dieu et, de nouveau, stupeur redoublée devant l'amour de Dieu plus fort que notre péché : «N'aie pas peur, dit Jésus à Pierre, désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

Demeurer dans le repentir, c'est demeurer dans la grâce. C'est prendre Jésus à ses propres mots, c'est l'obliger à descendre auprès de nous, à demeurer avec nous, Lui qui n'est venu sur terre que pour inviter les pécheurs, les pauvres, les malades à la guérison. Pouvoir confesser qu'on est indigne de la venue de Jésus, c'est déjà l'avoir accueilli. Comme Jésus le disait à Pascal, «Tu ne me chercherais pas, si déjà tu ne m'avais trouvé».