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Homélie - Coeur sacré de Jésus

Par Frère Patrice
croix d’anne teissé
Homélie pour la fête
du Coeur sacré de Jésus
Et si Dieu ne s’était pas incarné ; y aurait-il une fête du Cœur du Christ ? Non je ne le crois pas. Et c’est dire combien nous sommes concernés par une telle fête, bien au-delà de tout ce dont on a pu l’affubler de sensibleries ou d’images à la Saint Sulpice !
Tout le mystère de l’incarnation est là : Dieu ne peut être connu que par une médiation humaine ; Dieu ne peut se rendre présent au monde que par une médiation humaine. Et l’humanité du Christ en est le meilleur chemin.
J’aime beaucoup cette réflexion de Maître Eckhart lorsqu’il dit que dans toute créature se trouve quelque chose qui éveille l’amour ; et que chaque créature qui possède véritablement un intellect aime en l’autre ce qui lui est égal. Or si on lit et relit le Deutéronome, notamment dans ce chapitre 6 qui est la prière quotidienne matinale de tout bon juif, il nous est dit « Tu aimeras le seigneur ton Dieu de tout ton cœur ». Le cœur, ce lien qui nous relie à Dieu, au Christ et à l’Esprit Saint ; tout comme le formule encore Maître Eckhart « le poisson ne peut pas être au pêcheur s’il ne s’attache à l’hameçon ; j’en dis autant de l’amour ».
Regardons le Christ : il est celui qui a décidé d’aimer : un acte délibéré de sa volonté ; une décision qui l’emporte sur toutes les autres. Et cet amour qu’il nous porte se communique, se ressent. « Mon cœur bondit de joie, chantons-nous dans le Magnificat, quand la présence de Jésus se fait sentir toute proche de nous ». « Jésus se prit à l’aimer ; est-il dit du jeune homme riche ». Et même au moment de sa mort, Jésus fait sentir son amour au Bon Larron, son compagnon de crucifixion. Celui-ci non seulement ressent cet amour, mais il le recherche et il lui répond.
Cet amour du Christ, saint Bernard l’a connu et senti vibrer dans tout son être. C’est le très beau sermon 74 du cantique des cantiques . « Mon cœur était dur comme la pierre ; il l’a secoué, amolli et blessé…et j’ai compris qu’il était là à certains mouvements de mon cœur » et il ajoute plus loin « le désir qu’a de lui mon cœur ». Un cœur qui en rencontre un autre, dans un mouvement de grande vérité et sincérité ; et qui touché par ce sentiment ne pourra oublier cette rencontre qui le marque à tout jamais.
Bien plus encore cette rencontre de l’amour du Christ, cette découverte de son cœur, symbole de cet amour, demande quelque chose en retour. Il n’y a pas d’invitation plus pressante à l’amour dit st Augustin, que de prendre les devants en aimant ; et trop dur, dit-il, serait le cœur qui, s’étant refusé à débourser de l’amour, se refuserait à le rembourser. C’est pourquoi nous voyons tous ces saints ou saintes qui ont découvert le cœur du Christ, n’avoir de cesse de leur ouvrir à leur tour leur cœur.
Enfin, n’allons pas croire que ce cœur soit simplement le symbole de l’amour du Christ pour nous. Il faut aller plus loin, conduits en cela par le texte de la préface que nous chanterons tout à l’heure « de son cœur transpercé, laissant jaillir le sang et l’eau, il fit naître les sacrements de l’Église ». Newman, probablement inspiré par le texte de cette préface en vient à dire que le cœur du Christ n’est pas simplement un symbole. Pour lui il est véritablement un sacrement, en ce sens qu’il réalise l’union dans l’amour.
L’union dans l’amour, celle-là même que réalise l’esprit saint en unissant le Père et le Fils.